Vélo fabriqué à la main en France : ces artisans qui résistent encore
Il existe encore, en France, une poignée d'ateliers où un vélo naît d'un tube d'acier, d'un chalumeau et de la main d'un seul artisan. Pas d'usine, pas de robot, pas de sous-traitance à l'autre bout du monde. Juste un cadreur, son établi, et parfois six mois d'attente pour un cadre qui en durera vingt.
Un vélo « made in France » n'est pas toujours un vélo fabriqué à la main en France. Le premier est souvent assemblé ici à partir d'un cadre venu d'Asie, quand le second est pensé, coupé et brasé dans un atelier français, du premier tube à la dernière couche de peinture. Voici quelques-uns de ces ateliers, et l'histoire de celui qui nous a ouvert ses portes.
Note de transparence : cet article est purement éditorial, sans contrepartie financière ni lien affilié. Les informations sur Cycles Cattin proviennent d'un échange direct avec l'atelier et de leur site officiel ; celles sur les autres artisans cités sont issues de leurs communications publiques et de la presse spécialisée (Bike Café, Marques de France, France Vélo Tourisme).
Cycles Cattin : 44 ans de cadres brasés dans les Alpes
Tout commence en 1957, quand le père de Daniel Cattin ouvre un magasin de cycles à Grenoble. Daniel y démarre lui-même la production de vélos en 1982, avec pour marque de fabrique la randonneuse légère. Suivront une série d'innovations qui feront sa réputation : jeu de direction indesserrable, fourche sans déport, roue arrière symétrique, et même l'un des tout premiers VTT français, monté en roues 650B bien avant que ce standard ne redevienne à la mode.
Ces vélos ne sont pourtant pas restés dans les Alpes. Plusieurs ont bouclé un tour du monde, certains même à plusieurs reprises. D'autres ont franchi le col de Zojila à 3525 mètres, entre Ladakh et Cachemire, ou sont arrivés à Lhassa après des mois de route — une trace rare pour un petit atelier français.
2015 : la transmission à Fabien Bonnet
Daniel Cattin passe la main en 2015. Fabien Bonnet, cycliste au long cours, reprend alors l'atelier après s'être formé en autodidacte, des heures durant dans un garage puis une cave, chalumeau en main, à fabriquer des vélos pour lui et sa famille. Depuis dix ans, il perpétue la philosophie de la maison tout en l'adaptant aux attentes actuelles : voyage, gravel, vélotaf.
Sa clientèle ne ressemble d'ailleurs à aucun profil type. « Il y a des voyageurs en tout genre, des gens qui cherchent du confort avec ou sans problème morphologique, ou simplement des gens qui veulent un vélo qui ne soit pas fabriqué à l'autre bout du monde par un robot ou un enfant », résume-t-il. Comptez de deux à six mois de délai selon le remplissage du carnet de commandes.
Le savoir-faire : acier européen et étude posturale
Chaque cadre et chaque fourche sont brasés en acier, à partir de tubes de fabricants européens : Dedacciai, Columbus et Reynolds. Ce choix n'a rien de nostalgique. Pour un cadreur artisan, l'acier reste en effet le matériau le plus abordable à travailler à la brasure, avec une élasticité et une réparabilité qu'aucun carbone ne peut égaler.
Avant de couper le premier tube, l'atelier réalise systématiquement une étude posturale pour ajuster la géométrie à la morphologie du client. Le montage se fait ensuite à la carte, jusqu'au choix de la peinture : chaque vélo sortant de l'atelier est donc, dans les faits, un exemplaire unique.
Le catalogue Cattin se décline en randonneuses (La Belle Époque, Charmant Som), vélos de grand voyage (l'ADN pour le tour du monde, la Baroudeuse pour le tout-terrain), un vélo de route (l'Alpin), un gravel (l'Emparis) et des tandems.
Un engagement jusque dans le choix des réseaux sociaux
Ce qui frappe chez Cattin, c'est la cohérence jusqu'au bout. L'atelier a quitté Instagram et Facebook en 2025, expliquant sur son blog que les valeurs du groupe Meta n'étaient plus compatibles avec les siennes — respect, partage, aventure au plus proche de la nature. Il ne subsiste désormais que sur Mastodon, réseau social libre et décentralisé. Fabien reconnaît d'ailleurs volontiers se sentir « un peu seul dans cette voie », à l'heure où la visibilité commerciale passe presque toujours par Meta.
Cattin est par ailleurs membre de l'Association des Artisans du Cycle, qui regroupe les petits ateliers français engagés dans une fabrication réellement locale.
Parmi toutes ses réalisations, Fabien garde un faible pour les randonneuses les plus sobres, freins sur jante, sans artifice. Il caresse aussi un projet qui n'a pas encore vu le jour : un vélo de ville à l'ancienne, pensé pour le quotidien plutôt que pour le voyage. Le frein n'est pas technique mais économique — le budget qu'implique une fabrication française reste difficile à concilier avec un prix accessible au plus grand nombre.
Pour découvrir la gamme complète et l'histoire détaillée de l'atelier : cyclescattin.fr, ou leur article sur leur départ des réseaux sociaux Meta.
Ils perpétuent, eux aussi, ce savoir-faire
Cyfac, la doyenne du Val de Loire
Fondée en 1982 par Francis Quillon à La Fuye, Cyfac reste la référence historique du cadre français sur mesure. Ses cadres ont ainsi porté Laurent Fignon, Richard Virenque ou Marco Pantani dans les années 80 et 90. Dirigée aujourd'hui par Aymeric Le Brun sous le nom Cyfac International, l'entreprise a déménagé à Tours en 2023 et détient le label Entreprise du Patrimoine Vivant depuis 2012.
Gilles Berthoud, la haute couture du cycle
Installé à Pont-de-Vaux dans l'Ain depuis 1977, Gilles Berthoud fabrique des cadres sur mesure mais aussi ses propres selles et sacoches, avec une esthétique vintage assumée. Rares sont les ateliers qui maîtrisent à la fois le métal et le cuir avec un tel niveau d'exigence.
LaFraise Cycles, le vainqueur du Concours de Machines
À Roubaix, LaFraise Cycles construit des cadres acier premium à la main, du trajet quotidien à l'ultra-distance. Preuve de son savoir-faire, l'atelier a remporté le Concours de Machines 2018, la vitrine annuelle de référence des artisans cadreurs français.
Victoire, l'atelier auvergnat qui a séduit le luxe
Fondée par Julien Leyreloup à Beaumont, Victoire façonne des cadres acier et inox de qualité aéronautique, cadre, fourche et porte-bagages compris. La maison de luxe Berluti, du groupe LVMH, leur a même commandé un modèle unique : une preuve que l'artisanat français du cycle continue d'impressionner au-delà du seul monde du vélo.
D'autres ateliers méritent d'être cités pour qui voudrait pousser l'exploration plus loin :
- Soum (Hautes-Pyrénées) — cadres acier sur mesure, fondé par un ingénieur reconverti
- CMT (Aix-les-Bains) — l'un des rares ateliers à souder le titane en interne
- Quokka — le plus jeune artisan cadreur indépendant de France, formé chez Cyfac
- Edelbikes — propose des stages de cinq jours pour construire soi-même son cadre
- Serge Mannheim (Vieux-Thann) et Khélonys (Vosges) — deux ateliers de réparation et création artisanale
Un label pour ne plus confondre artisanat et assemblage
Beaucoup de vélos affichent un autocollant « Made in France » alors que seul l'assemblage final a eu lieu sur le territoire, le cadre venant d'ailleurs. Pour lever cette ambiguïté, l'Association des Artisans du Cycle a créé le label « Fabrication artisanale garantie », réservé aux ateliers qui conçoivent et soudent réellement leurs cadres en France.
Pourquoi ça concerne aussi les vélotafeurs
On associe souvent l'artisanat cycliste à la randonnée ou au vélo de route haut de gamme. Pourtant, l'usage qui ressort le plus des échanges avec ces ateliers, c'est justement le trajet du quotidien : des vélotafeurs qui ont usé deux ou trois vélos industriels et cherchent, cette fois, quelque chose conçu pour durer quinze ou vingt ans et rester réparable, plutôt qu'un cadre remplacé au premier accroc.
C'est peut-être là que se joue l'avenir de ces ateliers, moins dans la nostalgie du vélo de collection que dans une demande bien réelle de durabilité, portée par des cyclistes urbains fatigués du jetable — le même public que celui de notre guide pour se mettre au vélotaf.
Questions fréquentes
Existe-t-il encore des vélos fabriqués à la main en France ?
Oui. Une poignée d'artisans cadreurs continuent de braser ou souder des cadres à la main en France, dont Cycles Cattin, Cyfac, Gilles Berthoud ou Victoire, même s'ils représentent une part marginale du marché.
Quelle est la différence entre un vélo « made in France » et un vélo fabriqué à la main en France ?
Le premier est souvent seulement assemblé ici à partir d'un cadre importé. Le second a son cadre conçu et brasé en France, du premier tube à la peinture finale.
Combien de temps faut-il pour obtenir un vélo sur mesure fabriqué à la main en France ?
Le délai varie fortement selon l'atelier : deux à six mois chez Cycles Cattin, contre environ dix-huit mois chez Victoire. Le prix, tout aussi variable, se demande directement auprès de l'atelier visé.
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