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Vélo en Île-de-France : 70 millions d'euros, 9 152 km de pistes, et ce qui coince encore

Piste cyclable en Île-de-France, réseau Vélo Île-de-France

La Région Île-de-France va consacrer 70 millions d'euros sur quatre ans à la suppression de 22 coupures qui interrompent encore le réseau cyclable régional. L'annonce, faite le 11 septembre 2026, s'accompagne d'un deuxième chantier : une signalétique commune sur tout le réseau Vélo Île-de-France d'ici fin 2027. Derrière ces deux mesures se cache un état des lieux bien plus riche, que nous avons voulu vérifier à la source plutôt que de reprendre la dépêche telle quelle.

Sources : cet article s'appuie sur le communiqué officiel d'Île-de-France Mobilités, sur la Note rapide n°1066 de L'Institut Paris Region (10 septembre 2026, organisme public d'urbanisme de la région), et sur les annonces faites aux Rencontres régionales du vélo du 11 septembre 2026.

Ce qui a été annoncé le 11 septembre

Aux Rencontres régionales du vélo, Valérie Pécresse a présenté deux mesures. La première s'attaque aux « coupures » qui interrompent le réseau cyclable : franchissements de cours d'eau, de voies ferrées ou de grands axes routiers, là où une piste s'arrête brutalement et oblige à emprunter une route plus dangereuse ou à renoncer au trajet.

Avec le Collectif Vélo Île-de-France, 22 coupures ont été identifiées comme prioritaires. Le franchissement de la Marne entre Neuilly-sur-Marne et Noisy-le-Grand en fait partie, tout comme plusieurs points autour de Pontoise. Pour les résorber, la Région mobilise 70 millions d'euros sur quatre ans et porte sa participation au financement des projets communaux de 60 % à 70 %.

Carte des 22 coupures cyclables prioritaires identifiées en Île-de-France

Carte des 22 coupures prioritaires. Source : Île-de-France Mobilités / Collectif Vélo Île-de-France.

La seconde mesure vise la lisibilité. Aujourd'hui, seuls 50 km du réseau disposent d'une signalétique homogène aux couleurs d'Île-de-France Mobilités. L'objectif est d'équiper l'ensemble du réseau d'ici fin 2027, pour qu'un cycliste puisse suivre un itinéraire aussi facilement qu'une ligne de métro.

Où en est vraiment le réseau Vélo Île-de-France ?

Le Réseau Vélo Île-de-France (VIF) doit relier 750 km d'itinéraires sécurisés d'ici 2030, répartis en 11 grandes lignes desservant environ 200 communes. C'est ici qu'il faut être précis, car les chiffres varient selon la source.

La Région communique sur 350 km déjà ouverts, soit la moitié de l'objectif. L'Institut Paris Region, dans son étude publiée la veille de l'annonce, avance un chiffre différent : la phase 1 du réseau serait réalisée à 63 % en juillet 2026, sur un budget total de 300 millions d'euros. Cet écart illustre une réalité simple : les deux organismes ne mesurent pas exactement la même chose, entre kilomètres ouverts et pourcentage d'avancement de la première phase.

110 millions d'euros de subventions ont déjà été votés pour ce projet. 30 km supplémentaires sont en travaux, et 200 km à l'étude.

Le chiffre qui compte vraiment : 9 152 km

La vraie surprise de cette étude ne porte pas sur le VIF, mais sur l'ensemble du réseau cyclable francilien. L'Institut Paris Region recense 9 152 km d'aménagements cyclables en Île-de-France en juillet 2026, contre 4 729 km en 2019. Le réseau a donc quasiment doublé en sept ans, et l'accélération démarre avec les grèves des transports de 2019, puis se poursuit avec les coronapistes de la crise sanitaire.

Graphique : le réseau cyclable francilien passe de 4 729 km en 2019 à 9 152 km en 2026, soit une hausse de 94%

Cette progression se traduit dans les usages. 1,8 million de Franciliens utilisent le vélo au quotidien. La fréquentation de certains aménagements a bondi de 47 % à Paris et dans les Hauts-de-Seine entre 2020 et 2025, de 31 % à Montreuil et de 34 % à Pantin sur des périodes comparables.

Même en grande couronne, moins bien desservie, les hausses sont réelles : +9 % aux Ulis, +17 % à Buc, +17 % à Saulx-les-Chartreux. Modestes en valeur absolue, mais révélatrices d'une dynamique qui dépasse Paris intra-muros.

Ce que ça change pour un vélotafeur francilien

Les chiffres de mobilité domicile-travail donnent une idée plus concrète de la place du vélo au quotidien. En 2023, 10,4 % des trajets domicile-travail se faisaient à vélo à Paris, contre 6,4 % dans la métropole du Grand Paris et 4,4 % à l'échelle de toute la région. Un écart qui reflète directement la densité du réseau cyclable selon les territoires.

Île-de-France Mobilités propose par ailleurs des aides à l'achat allant de 100 à 400 € pour un vélo mécanique ou électrique, 600 € pour un cargo et 1 200 € pour un vélo adapté, sans condition de ressources. Plus de 380 000 aides ont déjà été distribuées depuis 2020. Notre guide sur les aides à l'achat en Île-de-France détaille les montants exacts et les conditions de cumul.

Autre service moins connu : Véligo Location, la location longue durée d'IDFM, qui vise 30 000 vélos d'ici 2028. Parmi les usagers ayant testé le service, 46 % ne faisaient pas de vélo avant, et 71 % ont acheté ou envisagent d'acheter leur propre vélo à la fin du contrat — une passerelle efficace vers la pratique régulière.

Le frein qu'aucun plan n'annonce résoudre : le vol

Aucune des deux mesures annoncées le 11 septembre ne porte sur le stationnement sécurisé ou la lutte contre le vol. C'est pourtant, selon l'Académie des mobilités actives citée par l'étude, un frein majeur : près d'un tiers des cyclistes réduisent ou arrêtent complètement leurs déplacements après s'être fait voler leur vélo.

Le Plan des mobilités en Île-de-France fixe des objectifs de stationnement sécurisé en gare, en voirie et dans les établissements recevant du public, mais le sujet reste distinct des deux annonces de septembre. Pour aller plus loin sur ce point précis, nos statistiques sur le vol de vélo en France et notre comparatif des meilleurs antivols creusent la question.

Météo, ruralité : les angles morts du réseau

L'étude de l'Institut Paris Region ne s'arrête pas à l'infrastructure. Elle rappelle par exemple que la pratique du vélo à Paris chute de 24 % les jours de pluie, et de 18 % lorsque le thermomètre descend à 0°C, contre une référence de 14°C. À l'inverse, la chaleur jusqu'à 30°C fait plutôt progresser la pratique, avant que les épisodes caniculaires ne l'inversent.

En zone rurale francilienne, le contraste est frappant : à peine 1 % des déplacements se font à vélo, contre 70 % en voiture, alors que 76 % des trajets urbains franciliens font moins de 5 km. Le potentiel existe, mais reste largement inexploité loin des grandes lignes du VIF.

Ce qu'il faut retenir

Deux mesures concrètes, 70 millions d'euros sur quatre ans, une échéance fin 2027 pour la signalétique : l'annonce du 11 septembre reste ciblée. Le contexte qui l'entoure, lui, dessine une trajectoire plus large : un réseau cyclable qui a doublé depuis 2019, 1,8 million d'usagers quotidiens, et un objectif régional assumé de tripler la part modale du vélo, de 2 % en 2019 à 6 % en 2030.

Reste à voir si les 22 coupures identifiées seront effectivement résorbées dans les délais annoncés, et si le stationnement sécurisé, grand absent de cette annonce, suivra la même dynamique dans les mois à venir.

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